Mais quel genre de personne es-tu ?

Attention, des néologismes peuvent avoir envahi ce texte pour révéler au mieux une vérité toute personnelle.


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Relationnelle. Qui aime les gens, les discussions sur le marché, les imprévus (l’amie qui sonne sans s’être annoncée), la spontanéité, les interactions, l’amitié. L’humanité.

Désemparée. Franchement déçue, coupée dans ton élan d’un coup, quand l’échange qui s’annonce n’en sera un que dans ton imagination. Parce qu’aucun lien ne se nouera avec qui pourrait pourtant, sûrement, quelque chose pour toi.

Un rien distraite. Gagnée par la perplexité pour commencer, lorsque, après avoir écouté le début du monologue de la machine au téléphone, dont la rengaine monotone conduit à coup sûr ton attention à vagabonder, tu laisses passer sans t’en apercevoir l’information qui peut-être t’aurait aidée à sortir du noir.

Mi-persévérante, mi-obéissante. Déterminée et concentrée, tu répètes l’opération familière désormais : le numéro, les dièses, les sons et toutes les étoiles du firmament qui soient. Jusqu’à ce que l’information visée t’échappe… pour la xième fois.

Autocritique. Mais bon sang, bien sûr ! Il fallait t’équiper !! Papier crayon, la fois d’après ! Prendre des notes, y a que ça de vrai !

Impatiente. Une demi-heure que tu es là, en pourparlers dans le combiné, à t’acharner sans avancer !!

Virulente. Du genre à n’envisager à présent que l’option « parler à une conseillère / un conseiller », pour enfin lui dire son fait, non mais !!

Horripilée. Qui hurle, sortie d’un bond du canapé, à cette machine dans le combiné, devant ton enfant éberluée : « Tapez un, tapez deux, tapez trois, tapez quatre… Mais c’est moi qui vais te taper, bécasse !!!! » (tes mots choisis étaient moins jolis, en vrai)

Désemparée. Du genre à te laisser tomber, mortifiée par ta réaction, dans l’un des fauteuils du salon.

Angoissée. Te demander comment on fait pour accepter un tel « progrès ». La machine interlocutrice. La procédure à appliquer. L’aide en ligne à apprivoiser. D’évidence, tu ne veux pas vieillir dans ce modernisme avancé. D’évidence, tu ne pourras pas vieillir dans cette société-là.

Alarmée. Se déclarer. S’enregistrer. Créer un compte, puis deux. Un dixième. Un centième. Saisir toute sa vie sur le net. La machine personnelle comme prolongement de soi. Comme lien obligatoire avec le travail, l’administration, l’école, les autres… Sinon quoi ? Un mot de passe, deux mots de passe, cent mots de passe. Des conditions générales validées sans lecture. Des données stockées dans un cloud du ciel. Des centrales électriques pour les maintenir en « vie ». Une dépendance technologique et énergétique. Des humains qui conversent avec des machines sans rechigner. Qui se font servir dans leur quotidien par des Alexia programmées à les habituer à perdre leur capacité de faire. Et demain, que se passe-t-il ? Si nous ne faisons rien, demain, nous serons là où nous allons, dit un proverbe.

Offusquée. Du genre à refuser de contribuer à la suppression organisée des face-à-face entre les gens. Celle qui place le travail rémunéré en amont, en conception d’algorithmes et de robot, ou en aval, au service stockage, livraison en deux minutes chrono ou réclamations. Qui le réduit en passant. Celle qui impose (transfère) un travail réel mais non rémunéré chez la personne usagère, cliente, patiente. Et qui exclut des millions de gens.

Enlarmée. Du genre submergée par les larmes quand au bout du fil Robocop est programmé pour te servir ce qu’il a décidé lui, listant une flopée d’options qui s’enchaînent si clairement, pourtant. Quand ton souci n’est pas traité après du temps pourtant passé et des touches bien actionnées. Quand tu te sens osciller entre impuissance et stupidité.

Réfléchissante. Du genre à te demander quel genre de personne tu es, pour finir dans un tel état, à chaque fois. Es-tu la seule dans ce cas-là ? Faut-il appeler Alexia pour un diagnostic psychologique ? A moins que le système entier soit la cause de ton état. De ton tracas. De ton trauma.

C’est fou ce qu’un robot peut révéler sur ta personnalité. Du développement personnel sans rien demander.

Pas bien sûre d’avoir progressé.

Sûrement du genre… inadaptée.

Une réflexion sur « Mais quel genre de personne es-tu ? »

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