Des temps partiels “spécial femmes”

Presque 20% du salariat dans notre pays est à temps partiel, avec un temps de travail inférieur de 40% en moyenne à celui du temps plein. Sont concernées quatre femmes pour un homme… et davantage les personnes les plus jeunes et les plus âgées que celles d’âge moyen.


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En 2018, plus de 18,9% des salarié·e·s étaient à temps partiel en France[i], des femmes à 78%[1]. Soit près de quatre femmes pour un homme. Ce déséquilibre explique une part non négligeable de l’écart global de rémunération entre les sexes, puisque la conséquence d’un travail à temps partiel est une moindre rémunération mensuelle que celle versée pour le même travail à temps plein ! Selon l’INSEE, en 2018, la durée habituelle hebdomadaire travaillée en salariat était de 39,1 heures à temps plein pour 23,3 heures à temps partiel, soit 40% de moins. (Quant aux femmes non salariées, elles travaillent 39,7 heures par semaine en moyenne, soit 18% de moins que les hommes non salariés, qui eux comptabilisent 48,5 heures hebdomadaires[ii]).

Ces emplois réduits, en heures comme en salaires, concernent près de 8% des hommes d’après la DARES, pour 30% des femmes, qui ne sont pas toutes mères de jeunes enfants… Loin de là ! En 2018, ces emplois concernent moins les personnes d’âge moyen – et donc a priori en âge d’avoir de jeunes enfants – que les plus jeunes et les plus âgé·e·s du monde actif. En effet, les 15-24 ans et les plus de 55 ans sont plus de 27% de ces tranches d’âge à exercer à temps partiel, alors que les 25-55 ans le sont sensiblement moins (entre 16 et 18%). Beaucoup de femmes sont donc à temps réduit sans être en responsabilité d’enfants. Pour elles, les raisons, subies ou choisies, semblent se trouver ailleurs…

Dans les années 90, une de mes collègues ne parvenait pas à obtenir de CDI de la part de son employeur. Pourtant, il recourait à ses compétences dans tous les services de l’entreprise depuis quatre ans par le biais de contrats courts, justifiant son refus d’embauche par le fait que son mari « gagnait très bien sa vie » ! Idée tenace d’un salaire d’appoint adapté aux femmes, supposées tenir une place première dans la sphère domestique et familiale mais… seconde dans la sphère professionnelle.

Quant aux hommes, peu sont à temps partiel. Se le voient-ils moins imposer ? Sont-ils moins incités qu’elles ? N’en ont-ils pas l’idée ? Sont-ils empêchés ? Si oui, par leur employeur, leurs pairs, leur partenaire de vie ?

Récemment, un spécialiste évoquait le montant bien inférieur des retraites des femmes sur France Inter. Il restait pour lui à « résoudre le problème des temps partiels des femmes ». Forcément. Leur concentration chez elles a des effets négatifs visibles sur leurs retraites. L’écart persistant se calcule et se voit (merci au passage aux utiles statistiques sexuées). Difficile d’ignorer que le groupe des hommes ne subit pas les effets du temps partiel et des carrières morcelées dans les mêmes proportions que celui des femmes. Il est donc profitable de voir apparaître, jusque dans les écarts calculés, que les hommes ont bien davantage des parcours linéaires et à temps complet que les femmes. Ce qui nous conduira ensuite à discuter les calculs en équivalent temps plein.


[1] Concernant les non salarié·e·s, les femmes ont aussi un temps de travail (rémunéré !) moyen inférieur à celui des hommes, qui explique en partie leurs moindres revenus, comme déjà évoqué dans une note de bas de page précédente.


[i] Source : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/statistiques-de-a-a-z/article/le-temps-partiel

[ii] Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2491136

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