Considérations pour la vie

Dans mon rêve, les hommes autant que les femmes portent un intérêt massif à la reproduction sociale, et plus largement à la perpétuation de la vie sur terre. Un intérêt emprunt de considération, de compréhension, et de contribution.

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Prenons à présent un peu plus de hauteur sur notre organisation sociale. Une majorité de femmes fabriquent ou éduquent[1] les êtres humains, adultes en devenir qui pourraient constituer de la force de travail…

(...Ou pas ! Le travail rémunéré comme quasi-but en soi est conçu par notre modèle économique actuel, puisqu’il est aujourd'hui le moyen d’acquérir un statut et des droits sociaux).

Je fais donc le rêve que ces activités gratuites ou rémunérées deviennent réellement mixtes. Afin que ce rééquilibrage soit visé et non subi, les tâches de soin doivent, aux yeux de toute la société, hommes et femmes, gagner en valeur (et certaines formes de travail valorisées aujourd’hui être sans doute un peu désacralisées au profit d’autres formes de travail).

Dans un discours donné en 1975 aux Etats-Unis et repris dans son ouvrage Refuser d’être un homme, John Stoltenberg rappelle un des fondements du système patriarcal, qui repose sur l’appropriation des femmes et des enfants par les hommes : « La propriété masculine des enfants a toujours été séparée et distincte du travail de prise en charge des êtres humains. Si une femme appartient en bonne et due forme à un homme au moment où elle accouche, une de ses obligations envers cet homme est d’assurer la prise en charge de son enfant. Cela signifie le nourrir et assurer sa propreté, notamment en s’occupant de l’énorme quantité d’excréments qu’un bébé produit durant les trois premières années de sa vie. Cette tâche ingrate est un travail de soin, ce n’est pas la fonction du propriétaire. Une mère adéquatement appropriée prend littéralement soin d’enfants qui demeurent, juridiquement, la propriété humaine d’un père. » Cette conception d’une division et d’une hiérarchie entre droits du père (propriété, donc capital) et prise en charge (soin, donc travail comme fruit du capital) est encore présente, au moins en héritage, dans les usages ou les mentalités. C’est ce qu’il nous faut modifier profondément. Des solutions s’aménagent ici ou là dans les familles pour partager équitablement les tâches du travail rémunéré et celles du temps familial gratuit ou indemnisé. Cependant, le système global, qui organise la reproduction sociale grâce à l’appropriation, sinon des femmes, du moins de leur temps, ne s’en trouve pas tout à fait bouleversé.

Les pieds sur terre et la tête en l’air, dans une vision démocratique, j’envisage toute personne, homme ou femme, comme un sujet dont le temps (autrement dit la vie, donc l’activité, donc le travail) ne peut être approprié. Ce qui impliquerait, dans ce rêve que je fais, de préparer chaque être humain à prendre soin de soi et d’autrui. De présumer de sa compétence. De normaliser l’investissement domestique et familial des hommes, dans des proportions comparables à celui de la majorité des femmes. Ils pourront alors massivement se confronter, autant que les femmes, aux réalités de la reproduction sociale à grande échelle. Comme les services publics de la petite enfance qui manquent de finances. Comme l’éducation, en manque de valorisation. Comme les tâches de soin, sans justes moyens. Alors que le modèle économique produit tant de vulnérabilité et de souffrances. Hommes et femmes exigeraient alors ensemble un nouveau contrat économique et social, plus solidaire et moins bancal. Plus respectueux de la vie sous toutes ses formes. De ce qui la maintient, de ce qui la produit, de ce qui la protège, de ce qui la nourrit.


[1] L’Education Nationale compte trois femmes pour un homme, l’animation socio-culturelle également. Pour l’accueil des jeunes enfants, les hommes sont encore plus minoritaires, selon la logique à l’œuvre : plus l’enfant est jeune, plus ce sont des femmes qui s’en occupent, les hommes étant de plus en plus nombreux au fur et à mesure de l’avancée en âge des enfants… et de la valorisation des métiers correspondants. Ainsi c’est à l’Université qu’on compte proportionnellement le plus d’hommes en exercice, et d’autant plus qu’on monte dans la hiérarchie institutionnelle (cf. les données 2018 du rapport « Enseignement supérieur, recherche et innovation, Vers l’égalité Femmes-Hommes ? Chiffres-clés 2019 » qui indique par exemple pour la France que « Avec 37 % d’enseignantes, l’université reste dominée par les hommes. » et que cette proportion tombe à 28% pour la filière hospitalo-universitaire. Minoritaires également dans la recherche, elles sont en revanche très majoritaires parmi le personnel de soutien. (Lien : https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Brochures/32/8/parite2018_stats_A5_11d_908328.pdf)

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