Ségrégation horizontale, têtue mais banale


Ecouter “Ségrégation horizontale, têtue mais banale” en audio

L’orientation dans des filières professionnelles très différentes selon le sexe s’organise tôt. Pour eux, plutôt les filières scolaires puis professionnelles à dimension technique ou scientifique, en construction ou en informatique. Pour elles (même si elles se répartissent sur l’ensemble des filières lorsqu’elles entrent au lycée général, au contraire des garçons qui désertent les disciplines littéraires), plutôt les filières de l’humain, qui forment aux métiers les moins rentables professionnellement : ceux du soin et de la santé, des services, de la relation et du social, de l’éducation et de l’enseignement[1]. Elles exercent davantage dans des métiers peu valorisés, pas toujours considérés comme « productifs », et dans la fonction publique, même si des écarts sont importants selon les métiers.

Les causes (dont les préjugés) et les conséquences de cette ségrégation sont décrites dans toute une littérature sur la division du travail et les inégalités professionnelles. Françoise Vouillot, dans son ouvrage synthétique « Les métiers ont-ils un sexe ? », dresse le constat suivant : « Sortir des sentiers battus des orientations traditionnelles pour un garçon ou pour une fille est encore souvent coûteux. Les garçons encourent un risque d’une « double disqualification » : identitaire (ne plus être vu comme un « vrai » garçon) et sociale (aller vers des professions « féminines » moins valorisantes). Quant aux filles, elles sont aux prises avec une « double contrainte » qui leur impose des « contorsions identitaires » : faire ce que font les garçons, aussi bien qu’eux sans leur ressembler, et en laissant paraître discrètement leur « féminité ». »

Or, manquer de modèles conduit le sexe minoritaire ou absent à écarter certaines filières. En outre, les attentes parentales (et celles du monde scolaire) concernant les parcours des filles et des garçons restent différenciées, de façon plus ou moins consciente. Par exemple, les filles sont davantage invitées à développer une éthique du care, qui, précise le sociologue Alain Caillé, évoque en français « toute une série de notions – soin, souci, attention, sollicitude, compassion, bienveillance, etc. – qui oscillent, à un extrême, entre la dimension technique du soin administré et, de l’autre, celle de l’altruisme, de la charité ou de la pitié ».

Le langage aussi importe : l’utilisation d’une forme sexuée (une infirmière, un brancardier) au lieu d’une forme neutre ou égalitaire (le personnel infirmier, un·e infirmier·e, les infirmières ou infirmiers) empêche la projection professionnelle selon son sexe d’appartenance. Enfin, si les temps pleins sont concentrés dans les filières occupées par une majorité d’hommes, les temps partiels le sont dans celles occupées par une majorité de femmes (K. Briard, DARES, juillet 2019). Ce qui, entre autres effets inégalitaires, ne leur procure pas les mêmes compléments de revenus en cas d’heures supplémentaires.

Voici donc annoncé le sujet… du prochain billet.


[1] A propos des non salariées : « En 2017, les femmes représentent 37 % des non-salariés, contre environ 42 % des salariés du privé. Leur part s’accroît progressivement : + 3 points en cinq ans. Elles sont notamment de plus en plus nombreuses dans les métiers les plus qualifiés tels que médecins, professions du droit, architectes, mais aussi dans des secteurs où elles ont lancé leur activité sous le statut de micro-entrepreneur : industrie (habillement, fabrication de bijoux fantaisie), services administratifs et de soutien ou encore enseignement. (INSEE PREMIÈRE No 1781, 07/11/2019)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.