#60- Objections votre honneur ! (2ème partie)

La possible instauration d’un congé paternité digne de nom heurte certains esprits. Après un premier partage d’objections déjà entendues, en voici une suite logique. Authentique.


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MAMAN, A l’AIDE !

« Mais ils appelleront leur maman, tous ces hommes fort impotents quand il s’agit de leurs enfants ! Elles viendront toujours secourir leurs fils, leurs enfants, leurs trésors, estimant hors de leur ressort toutes ces tâches à accomplir. »

Entraide bienvenue

Nombre de femmes appellent leur mère, personne ne leur en tient rigueur. Parfois pour les soulager elles, nouvelles assignées maternelles, espérant se faire guider… Tout a changé : ces mères travaillent. Logeant loin de leur ex-marmaille, elles ont une vie indépendante. Leurs fils s’essaient, dans la tourmente des naissances venues à distance. Nouveaux rôles d’hommes dans les familles, qui s’affairent auprès de leur fille, ou de leur compagne accouchée, voire en grand-père soignant bébé. Les nouveaux pères de famille, progressivement se sentent fiers, d’avoir assumé sans leur mère.


ECHAPPATOIRE

« Une aubaine ! 
Sûr que certains s’en iraient passer des vacances au bout de la terre, si on leur donnait un congé dès la naissance en tant que père ! »

Implication

Pour quelques uns qui s’échapperaient, combien seraient plus confortés, dans cette place légitimés, si heureux de participer ?


ASSISTES

« Ou bien ils prendraient du bon temps, au café ou devant l’écran, entraînant l’enfant si besoin. Car madame aura préparé tous les repas, tous les pré-soins, fait les courses, bien tout nettoyé. Pour qu’ils s’en sortent, ces pauvres pères, qui ne sauraient pas comment faire ! »

Responsables

Puissent les parents avoir conscience, bien avant chacune des naissances, qu’est venu le temps du partage. De se défaire des héritages. Que l’heure est d’inventer, à deux, la relation, les places, les vœux. Que quiconque peut exprimer d’étonnantes capacités. La clé ? Accepter que tout soit fait différemment que par soi.


SAUF LE CHANGE

« Pour nous, j’aurais bien de la peine à dire ce que nous aurions fait, avec une telle mesure en place… Il m’avait dit « tout sauf le change ». On a bien dû tomber d’accord. Le soin du siège du petit ange, ce fut mon sort, ce fut mon sport. »

Dignes tâches

Qui dit vivant dit des déchets, des excréments… et du vomi ! Et un bébé ça régurgite ! Peu de gens goûtent ou plébiscitent les rejets du corps répétés… Qui dit soigner dit nettoyer. Donnons à ces tâches tout leur prix : le respect de la dignité. Elles forgent une conscience pleine de la fragilité humaine. Exercice d’humilité. Ressource en cas d’adversité.


POSITIONS PLURIELLES

« Privilégiée de position, tu t’imagines que toutes les femmes ont une folle envie de travail !? 
Alors qu’elles ont des conditions pourries, précaires - c’est un scandale - qui leur font perdre aussi leur âme ! Y retourner est un calvaire. Beaucoup vivent mieux à la maison. Elles trouvent du sens, elles se préservent. 
Après une naissance, elles prolongent, plus dignes que dans un sale boulot à considération zéro ! C’est un compromis qui les ronge, quand d’indépendance elles rêvent. Mais il leur permet, dans leurs songes, de faire face, le temps d’une trêve. »

Contrat social

Fuir le travail pour le foyer n’est pas toujours la panacée. L’option s’avère souvent impasse, un renoncement fait de guerre lasse. Créant dépendance financière et érigeant des barrières. S’il était prometteur en soi, autant d’hommes feraient ce pas !

Si tout jeune père sa part prenait, je parie fort que le travail s’en trouverait fort modifié. Notre énergie serait doublée dans de pertinentes batailles. Vers un idéal cheminant, pères et mères se comprendraient mieux, dans leur quête pour être heureux.

On utiliserait ce temps, accordé pour chaque naissance, afin de mieux penser à deux le contrat social de l’enfance. Surgiraient des pères ralentis, des mères tellement plus sereines, et des employeurs convertis à une parentalité pleine.


AFFAIRE PRIVEE

« Nulle nécessité de changer le congé de paternité, puisque le congé parental autorise un partage égal. Tout père peut prendre un tel congé ; ce doit être une affaire privée. »

Affaire publique

Un appel à la mixité, je l’admets, peut fort étonner. Mais je ne trouverais pas drôle que ce dossier soit méprisé. Pères et mères n’accèdent pas, quand l’enfant naît, aux mêmes droits. Ceux-ci répartissant leurs rôles, l’affaire n’est plus seulement privée.


USURPATION

« Bénéficier d’autant de temps qu’une mère avec son bébé, n’est-ce pas lui voler ce moment, voire même lui usurper son dû ? Le corps d’une jeune accouchée mérite une véritable pause, tandis que l’homme n'a qu’assisté, impuissant et l’âme confondue, à la mise au monde grandiose de laquelle il se sent exclu. »

Distinctions nécessaires

Sans doute nous faut-il distinguer, dans le vocable à employer, ce qui relève de la grossesse, les suites de couches et la prouesse de l’allaitement ou des nuits courtes… et puis ce qui tient de l’accueil du bébé et du nouveau couple, comme du soin de l’accouchée. Eloignons l’ancien modèle de notre œil. Fabriquons une maisonnée harmonieuse, juste et partagée, parce qu’on a pu se l’inventer.

#58- Objections, votre honneur ! (1ère partie)

Présentation plus ou moins détaillée de ces réflexions à mon entourage depuis plusieurs mois. Réactions surtout enjouées, yeux qui brillent, devant l’audace, l’idéalisme, la fraîcheur de la réjouissante perspective. Mais pas que.


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Des réactions crispées, objections outrées, résignées ou indignées prennent aussi forme. Devant cette idée saugrenue, vertigineuse et transgressive. Forcément, puisque régénérante et transformatrice. Cette idée de réformer profondément le congé paternité. D’appeler à le rendre long, obligatoire, correctement rémunéré et partiellement consécutif à celui des mères. Des premières réponses sont forcément à avancer sur le ring des arguments. Dans le but de donner un genre romantico-poétique à la bataille, voici une traduction libre des propos tenus et des peurs jusque-là exprimées, entendues et comprises, en prose ou en rimes, voire en maximes.


ILLUSION

« Comment peux-tu t’imaginer que cette mesure va tout changer ? Que le sexisme va régresser en mettant en place un congé ? Que les femmes ne seront plus traitées comme des objets sexuels dévoués, au service des hommes de pouvoir, au réconfort, au faire-valoir ? Que les violences vont s’arrêter, que Me Too sera terminé ? »

Humilité

Tant de domaines différents ont besoin de bouleversements ! La mesure est humble au départ, mais qui sait ce qu’elle nous prépare, une fois nos rôles plus mouvants ? Osons une action qui promet de changer les mentalités.


CONTRADICTION

« Contre la norme tu te rebelles, mais tu en souhaites une nouvelle ! »

Assouplissement

Faire société implique des normes, qui évoluent et changent de forme. Les assouplir est une clé pour l’exercice des libertés.


INSENSEE !

« Imposer aux pères qu’ils apprennent à s’occuper seuls des bébés ! Quelle idée insensée tu as… C’est pas demain la veille qu’elle sera à l’agenda des politiques. Ni proposition citoyenne. Elle ne susciterait que critiques. »

Et pourtant…

En Suède et en Islande c’est fait. En Espagne une loi est passée. Des tribunes sont régulièrement signées de personnalités. C’est à présent le bon moment de nourrir, d’élever le débat, au niveau qu’il faut pour faire loi.


QUI ES-TU DONC ?

« Qui es-tu donc pour imposer à tous les pères un tel congé ? Qui es-tu donc pour leur dicter les contenus de leurs journées ? Quelle est la force de l’argument dirigeant l’usage de leur temps ? Attention, là, tu vas tout droit sur le terrain des hommes, crois-moi. Sûr qu’ils perdront en liberté, qu’ils n’y ont pas d’intérêt... »

Expression libre

Convenons donc que décider du bon usage de son temps c’est disposer de vraies libertés… Suis-je personne ou suis-je tout le monde ? Tout·e un chacun·e peut militer et revendiquer à la ronde, pour ces mères entraînées d’office à materner, à rendre service. Qui sitôt se trouvent enfermées dans ce rôle toute leur vie d’après, tandis que les pères sont enjoints de s’illustrer en gagne-pain.

Est-il besoin d’être spécial·e pour oser dire son idéal ? Dois-je justifier de m’exprimer ? Est-ce vanité de réclamer un acte de solidarité ? Que les hommes autant que les femmes s’impliquent dans le soin des enfants ? Qu’ils leur donnent aussi de leur temps, puisqu’elles gagnent leur propre pain ? Qu’avec elles, ils mettent en commun leurs quelques libertés restantes, plutôt qu’ils observent de loin les vies tendues de leurs amantes ? Leur restituer du temps pour elles, puisque toujours elles l’ont donné, serait une façon bien belle d’éprouver notre humanité.


ET NOUS ?

« Que nous restera-t-il à nous, femmes façonnées pour beaucoup, éducatrices destinées, si même dans le dernier domaine, où parfois nous nous sentons reines, les hommes s’immiscent et nous prennent notre seul espace, notre place ? Mais aussi notre identité, les enfants ou la maisonnée ? 
Ce qui a fait notre valeur, parce qu’on a dû lâcher ailleurs ? C’était si usant de lutter, suivant de fallacieux discours sur les temps bien articulés, qui entraînaient que toutes on court vers un improbable meilleur… »

Deux paniers

C’est un risque qu’il nous faut prendre, d’initier plus d’hommes à apprendre à se frotter dans le privé à la vulnérabilité. Avec plusieurs cordes, l’archer, tel ces femmes aux vies d’agents doubles, peut mieux s’en sortir en eaux troubles. Ses œufs dans plusieurs paniers. Juste place au travail donnée. Distance pour relativiser. Soigner tôt sa progéniture rend humble face à la nature. Si les deux parents prennent cette peine, et alors ainsi se comprennent, leurs vies, d’entente, seront plus pleines.


JAMAIS !

« Jamais je n’aurais pu confier un d’mes enfants à mon mari ! Le résultat me laisse pensive… Il croit compter moins à mes yeux que nos trois grands fils réunis. Née pour être mère, j’ai été, à leur service, j’en conviens, à m’inquiéter, agir au mieux, pour leur bien… et sans doute le mien. »

Hypothèse

S’il avait percé le secret de ses nombreuses capacités, peut-être aurait-il excellé… ? Apaisement des relations, tensions moins fortes à la maison, chaque fois le cocon quitté.