Deuxième manche : émanciper les hommes du travail

Ecouter “Deuxième manche : émanciper les hommes du travail” en audio

Le droit des personnes à gouverner souverainement leur vie et leur mode de coopération avec les autres est un tout. Il ne peut être conquis sur le terrain du travail et des rapports de travail au détriment des luttes menées sur d’autres terrains, pas plus qu’il ne peut être conquis sur ces autres terrains au détriment des luttes du travail.”

André Gorz.

Ce rêve d’équilibre partagé entre les sphères professionnelles et familiales en appelle logiquement un autre, concernant le travail. Les femmes sont supposées s’émanciper de la sphère domestique grâce à l’accès au travail rémunéré. Or, percevoir un revenu du travail n’y suffit pas si elles continuent d’assumer la majorité des tâches de la maisonnée. Afin d’enclencher un mouvement masculin de masse vers la sphère privée (celui qui aurait dû l’être en même temps que le mouvement des femmes vers le travail rémunéré), osons envisager simultanément pour les hommes une nécessaire émancipation du travail.

Cela sonnera sans doute comme un gros mot dans une société qui valorise le travail productif rémunéré tout en invisibilisant ou dévalorisant le travail domestique et familial gratuit comme rémunéré.

Il faudrait pourtant que la paternité engage sur le plan familial et, en conséquence, au moins momentanément, désengage sur le plan professionnel, comme le fait aujourd’hui la maternité. Il faudrait nécessairement reconsidérer les valeurs masculines traditionnelles.

Je formule donc le rêve de ce double mouvement simultané des hommes comme l’étape suivante pour poursuivre cette révolution. Aujourd’hui les femmes constituent injustement la majorité silencieuse dans l’exercice acrobatique du parent au travail. Performance circassienne épuisante qui consiste à œuvrer à la fois au travail, à l’éducation, aux soins domestiques et familiaux, tandis que le travail rémunéré reste central pour les hommes et continue de diriger leurs vies, pour le meilleur comme pour le pire. Numéro extrêmement familier de la plupart des mères. Numéro de performance professionnelle et financière imposé en miroir à tous les hommes, pères potentiels ou pères réels. Puisque la paternité est invisibilisée.

Je rêve d’une banalisation du schéma « moins de travail, plus de familial », pour tous les parents. Une parentalité universellement légitimée, officiellement assumée et assurément partagée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.